
Tunisie · Ville · Histoire · Culture
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Une ville qui relie plus qu'elle ne sépare
Il y a des villes qui imposent leur histoire. Tunis préfère la laisser apparaître.
Dans l'ombre d'une porte cloutée. Dans la lumière d'un patio. Dans le bruit d'une tasse posée sur une table de café. Ici, la médina et la ville nouvelle ne s'effacent pas l'une devant l'autre. Elles avancent ensemble, reliées par Bab Bhar comme deux pages d'un même récit.
Tunis n'est ni seulement ancienne, ni complètement moderne. Elle est ce passage permanent entre la maison et la rue, l'intime et le collectif, l'Afrique et la Méditerranée.
Tunis ne cherche pas à choisir entre ses héritages. Elle apprend à les faire vivre ensemble.
Naissance d'une capitale
Dans l'ombre de Carthage
Bien avant de devenir capitale, Tunis vivait dans l'orbite de Carthage. Un établissement existait déjà sur cette terre située entre les collines, le lac et le golfe. Mais c'est après la conquête arabe du VIIe siècle et la disparition progressive de la Carthage antique que la ville prit une autre dimension.
Autour de l'année 698 se forma l'un des premiers grands ensembles arabo-musulmans du Maghreb. La médina s'organisa autour de la mosquée Zitouna, lieu de prière, de savoir et de circulation. Les ruelles ne furent pas tracées pour être regardées de loin : elles furent pensées pour protéger de la chaleur, rapprocher les métiers et préserver l'intimité des maisons.
La Zitouna — un cœur autour duquel la ville grandit
Les origines de la mosquée Zitouna remontent au début du VIIIe siècle. Reconstruite et transformée au fil des dynasties, elle devint le centre spirituel et intellectuel de Tunis. Autour d'elle se concentrèrent les libraires, les parfumeurs, les étoffes précieuses et les métiers considérés comme les plus nobles.
La Zitouna n'est pas seulement un monument. Elle explique la forme même de la ville. Les souks, les passages couverts, les médersas et les demeures semblent encore se déployer depuis son centre, comme si Tunis continuait de respirer autour d'elle.
L'âge hafside — Tunis au centre du monde
Entre le XIIIe et le XVIe siècle, sous les Hafsides, Tunis connut l'une de ses périodes les plus brillantes. Devenue capitale d'un royaume influent, elle accueillit marchands, savants, artisans et voyageurs venus du Maghreb, d'Andalousie, d'Afrique subsaharienne et des ports méditerranéens.
La ville s'enrichit de palais, de médersas, de mosquées et de quartiers nouveaux. Les savoir-faire andalous transformèrent la musique, l'architecture, les jardins et les arts décoratifs. Tunis devint une ville de relais : elle ne recevait pas simplement les influences, elle les recomposait.
La période ottomane et les palais de la médina
À partir de 1574, Tunis entra durablement dans l'espace ottoman. Les deys puis les beys gouvernèrent la régence, tandis que la ville se couvrait de nouveaux palais, de mosquées, de zaouïas, de hammams et de demeures à patio.
Les maisons tunisiennes apprirent alors à ne presque rien dévoiler depuis la rue. Une façade sobre, une porte massive, puis soudain un vestibule coudé et une cour baignée de lumière. L'architecture protégeait la vie familiale tout en réservant la beauté à ceux qui franchissaient le seuil.
1881 — la ville se dédouble
L'établissement du protectorat français en 1881 transforma profondément Tunis. À l'extérieur des remparts se développa une ville nouvelle, organisée autour de l'actuelle avenue Habib-Bourguiba. Immeubles à balcons, cafés, hôtels, théâtre et bâtiments administratifs composèrent un paysage urbain différent de celui de la médina.
Cette transformation fut aussi celle d'une domination politique et d'inégalités durables. Tunis se retrouva partagée entre deux organisations de l'espace : la ville ancienne, dense et intérieure, et la ville coloniale, rectiligne et démonstrative.
Aujourd'hui encore, quelques minutes de marche suffisent pour passer de l'une à l'autre. Bab Bhar n'est pas seulement une porte. C'est une couture urbaine.
L'indépendance et la ville contemporaine
Le 20 mars 1956, la Tunisie obtint son indépendance. Tunis confirma son rôle de capitale politique, culturelle et économique. La ville grandit vers le lac et les quartiers périphériques, accueillant de nouvelles générations venues de toutes les régions du pays.
En janvier 2011, l'avenue Habib-Bourguiba devint l'un des lieux majeurs de la révolution tunisienne. Une avenue conçue pour représenter le pouvoir devint un espace de parole populaire. Tunis rappelait ainsi qu'une ville n'est jamais figée dans ses monuments : elle change lorsque ses habitants décident de s'y faire entendre.
L'âme de Tunis — Culture & Traditions
Les habitants : l'élégance de la conversation
À Tunis, la conversation est une manière d'occuper la ville. Elle se tient dans les cafés, devant les boutiques, sur les marches d'une maison ou autour d'un repas qui dure plus longtemps que prévu.
Les Tunisois cultivent un mélange particulier de retenue, d'humour et de franchise. L'accueil passe rarement par de grands discours. Il prend la forme d'un café, d'un thé aux pignons, d'une assiette que l'on rapproche ou d'une adresse donnée avec davantage de détails qu'il n'en fallait.
La ville se raconte ainsi : de personne à personne.
La musique : malouf, mezoued et voix nouvelles
Le malouf porte la mémoire savante de la musique arabo-andalouse. Ses noubas, transmises et réinterprétées en Tunisie, accompagnent depuis des générations les célébrations, les festivals et les soirées de la médina.
Le mezoued, plus populaire et plus direct, appartient aux fêtes, aux quartiers et aux voix que les salons officiels ont parfois longtemps tenues à distance. Le stambeli, enraciné dans l'histoire africaine de la Tunisie, rappelle quant à lui les circulations anciennes entre le pays et les territoires situés au sud du Sahara.
Aujourd'hui, rap, musique électronique et créations alternatives occupent les mêmes rues. Tunis ne remplace pas ses sons : elle les superpose.
La cuisine : le feu, le pain et le partage
La cuisine tunisoise est franche. Elle aime l'acidité, les épices, l'huile d'olive et le piment. Mais derrière le feu se trouve toujours une cuisine de patience et de transmission.
Le lablabi, composé de pois chiches, de pain, de cumin, d'huile d'olive et souvent d'un œuf, est un plat populaire qui réchauffe les matinées et les fins de soirée. Chacun le compose, le mélange et l'assaisonne à sa manière.
La brik, fine et croustillante, enferme généralement un œuf, du thon, du persil et parfois des câpres. Elle se mange brûlante, avec cette seconde d'hésitation où il faut éviter que le jaune ne s'échappe.
La harissa n'est pas seulement un condiment. Elle fait partie des provisions domestiques, des gestes familiaux et de l'identité culinaire tunisienne. Ses savoir-faire et ses pratiques sociales sont inscrits au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO depuis 2022.
Le couscous, les pâtes à la tunisienne, le fricassé, les pâtisseries au miel et le bambalouni racontent eux aussi une cuisine méditerranéenne traversée par les saisons, les quartiers et les histoires familiales.
Les souks et les artisans
Dans la médina, les souks furent traditionnellement organisés par métiers. Près de la Zitouna se trouvaient les activités les plus fines : parfums, livres, étoffes et chéchias. Plus loin travaillaient les artisans du cuivre, du cuir et les métiers nécessitant davantage d'espace.
Le Souk El Attarine conserve la mémoire des parfumeurs. Le Souk Ech-Chaouachine rappelle l'importance de la chéchia, couvre-chef devenu un symbole national mais surtout résultat d'un savoir-faire collectif : tricotage, foulage, teinture et finition.
Chaque objet passe entre plusieurs mains. C'est peut-être cela, l'artisanat tunisien : une création qui ne sépare jamais la matière de la communauté qui la transforme.
Tunis pierre par pierre — Architecture
La médina — patrimoine vivant
Inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1979, la médina de Tunis comprend son noyau ancien et ses faubourgs historiques. Près de 700 monuments y témoignent de plusieurs siècles de vie urbaine : mosquées, palais, médersas, mausolées, hammams, souks et maisons.
Le Dar Ben Abdallah permet d'entrer dans l'univers d'une demeure tunisoise. Le Dar Lasram dévoile l'ampleur des grandes résidences de la médina. Le Tourbet El Bey, avec ses coupoles et ses décors, conserve la mémoire de la dynastie husseinite.
Mais l'architecture de Tunis ne réside pas uniquement dans les monuments. Elle se trouve dans les seuils, les poignées, les grilles, les carreaux de faïence et les ombres dessinées par les passages couverts.
Bab Bhar et la ville nouvelle
Bab Bhar — la Porte de la Mer — reliait symboliquement la médina aux routes menant vers le lac et le port. Aujourd'hui, elle ouvre sur l'avenue de France puis l'avenue Habib-Bourguiba.
Le Théâtre municipal, avec sa façade Art nouveau, les immeubles à balcons et les cafés historiques composent un autre visage de Tunis. Ici, la ville regarde davantage vers l'extérieur. Les perspectives s'élargissent, les façades deviennent publiques, le mouvement s'accélère.
Le Bardo, Carthage et Sidi Bou Saïd
Le Grand Tunis forme un territoire où plusieurs époques se répondent. Le Musée national du Bardo conserve une remarquable collection de mosaïques provenant des sites antiques du pays.
À Carthage, les traces puniques et romaines rappellent qu'une autre capitale se tenait autrefois face à la mer. Plus loin, Sidi Bou Saïd compose avec ses maisons blanches, ses portes bleues et ses patios un langage architectural devenu célèbre — mais toujours habité.
Tunis ne se termine donc pas à ses boulevards. Elle se prolonge jusqu'au golfe, entre ruines, jardins, ports et collines.
Ce qu'il faut absolument voir
La médina au début de la journée — Avant que les passages ne se remplissent, lorsque les boutiques s'ouvrent et que la lumière entre lentement sous les voûtes.
La mosquée Zitouna et ses alentours — Pour comprendre comment le spirituel, le commerce, le savoir et la vie quotidienne se sont organisés autour d'un même centre.
Bab Bhar et l'avenue Habib-Bourguiba — Marcher de la médina à la ville nouvelle et observer le changement d'échelle, de rythme et d'architecture.
Le Musée national du Bardo — Pour traverser l'histoire antique du pays à travers ses mosaïques, ses objets et ses récits.
Carthage — Pour mesurer la profondeur historique du territoire et regarder la Méditerranée depuis les vestiges d'une ville qui fut l'une des grandes puissances du monde antique.
Sidi Bou Saïd — À découvrir tôt ou en fin de journée, lorsque le village retrouve son calme et que le bleu des portes répond à celui du golfe.
Ce que peu de gens savent sur Tunis
Tunis n'est pas directement posée sur la mer ouverte. La ville s'est développée entre ses collines et le lac de Tunis, relié au golfe par un chenal.
La médina compte environ 700 monuments historiques répartis dans plusieurs secteurs, mais reste avant tout un quartier vivant, habité et travaillé au quotidien.
Les souks n'étaient pas disposés au hasard. Leur emplacement répondait à une hiérarchie des métiers, aux besoins de circulation et à la proximité de la grande mosquée.
Les façades les plus discrètes peuvent cacher les patios les plus élaborés. Dans l'architecture domestique tunisoise, la richesse se découvre après le seuil plutôt qu'elle ne s'expose dans la rue.
La Zitouna fut pendant des siècles un important lieu d'enseignement. À Tunis, la transmission du savoir faisait partie de la structure même de la ville.
« Une ville ne se reconnaît pas seulement à ses monuments.
Elle se reconnaît à ce qu'elle transmet quand on les quitte. »Maison Madina
Porter l'histoire de Tunis
Certaines villes ne se visitent pas seulement.
Elles nous accompagnent.
Le T-shirt Tunis de Maison Madina prolonge ce carnet dans la matière. Une silhouette contemporaine pour porter la médina, ses portes, sa lumière et les histoires transmises d'une génération à l'autre.
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